Quand la tristesse fait place à la tendresse

Ça s’écrit presque pareil mais ce n’est pas la même chose.

Le 11 mars 2013 (soit 6 mois après la naissance des Twix), j’écrivais ceci :

« La première fois que j’ai croisé son regard, j’ai su »
« Je suis devenue une femme ce jour-là »
« C’était magique »

Sur la question de la maternité, tout le monde semble être unanime.
C’est la plus belle chose sur terre.

Moi, je suis terriblement en colère.
Qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça?
Où est-il passé mon coup de foudre?
Cette chose inexplicable qui se passe entre toi et ton bébé?
Elle est où cette merveilleuse communion?
Cette indicible compréhension?
Cet amour inconditionnel pour la chair de ta chair?
Pourquoi est ce que je ne peux pas connaître ce fol émerveillement qui suit la naissance?
Mais, putain, qu’est ce qui cloche chez moi?

On est un 26 août 2012, ils arrivent un jour plus tôt…
J’accouche de deux merveilleux bébés.
Quinze minutes pour me mettre une robe de chambre verdâtre, me coucher sur un lit, m’amener en salle d’op et me les sortir du ventre.

Je les entends pleurer pour la première fois mais je ne comprends pas.
On est pas sensée être émue aux larmes en entendant ses petits pour la première fois?
J’ai loupé le coche.
J’ai déjà cette horrible sensation « étape manquée ».
Je ne le sais pas encore mais ça va être la première d’une loooongue série.
La gygy insiste « mais si, ils crient, vous les entendez ».
Je souris pour faire bonne figure.
C’est ce que je DOIS faire.
Je me prête à la mascarade, c’est un jour important, je ne me sens pas le cœur à le gâcher.
Pour le moment, j’attends en salle de réveil qu’on me donne le droit de les voir.

1h plus tard, on me remonte, allongée sur mon lit et vaguement nauséeuse, mais fermement décidée à « rattraper le moment ».
J’aperçois mes petits bouts.
Néant.
Ils sont tout petits.
Ils sont tout fripés.
On me les met enfin dans les bras, ces petits bouchons que j’ai pourtant porté, protégé et ardemment désiré pendant 9 longs mois.
Ok.
Je sais pas comment les tenir.
Ils glissent, ils gesticulent.
J’ai peur de les casser.
Et là, à ce moment précis, je commence vraiment à sentir la bile me monter à la gorge.
L’angoisse se confirme.
Je ne suis pas une maman.
Rien de magique ne se passe.
Je suis larguée.

Pendant longtemps, trèèèèès longtemps, je vais juste m’interdire de dire ça.
Je vais même jusqu’à éviter d’y penser.
Mon cœur se serre.
J’aimerais qu’il y ait une évidence.
Un signe qui me dise que je ne me suis pas trompée et que je suis vraiment « faite pour ça ».
Mais rien ne vient.
Je vais passer 5 jours à la maternité à pleurer, pleurer, pleurer.
Je me suis lourdement gourée.
La vérité, c’est que je ne me sens pas capable d’être responsable de ces bébés.

Quand je repense à ces moments, j’ai encore la gorge qui se serre.
Je me sens impuissante et démunie.
Autour de moi, le monde continue injustement de tourner.
Juste pour m’emmerder.
M’enfoncer un peu plus.

Moi, j’aimerais juste me poser et réfléchir.
Mais je suis crevée, j’ai atrocement mal, les visites des amis et de la famille s’enchaînent.
Je n’en finis pas de voir des visages, d’entendre ces questions.
« Heureuse? » « Soulagée? »

A côté de ça, Papa gère comme un dingue.
A lui les premiers bains, les premiers peau à peau.
Il y a un jour où je me sens presque de trop.
Moi, je nourris, je ne câline pas.
Je m’en occupe, mais je ne lie pas.

Sentiments contradictoires :
D’un côté, je crève de jalousie de les voir aussi bien ensemble.
Je suis impossible avec Lui, hargneuse, désagréable alors qu’il en fait tellement…
Ce qu’Il ne comprend pas, c’est qu’à mes yeux, ils forment déjà la famille dont je rêvais.
Simplement, je ne pensais pas en être exclue.

De l’autre, à la simple mention de la possibilité qu’il s’en aille (même pour prendre une douche), j’en suis malade.
MALADE.
Malade parce que je ne veux pas qu’il m’abandonne.
Malade parce que je ne veux pas être toute seule avec eux.
C’est horrible. Je ne m’explique pas. Et je m’en veux terriblement.
Mais je préfèrerais réellement que quelqu’un d’AUTRE s’en occupe plutôt que moi.
Et ça va encore s’amplifier à la sortie de la maternité…

L’espace d’un instant, je me dis que je vais les laisser ici.
Après tout, c’est mieux pour moi…
Égoïstement, je veux retrouver mon Mari, ma famille, qu’ils me regardent tous de nouveau, juste moi.
J’ai été leur centre d’attention pendant 9 mois et quoi? Tout d’un coup je n’existe plus?
Après tout, c’est mieux pour eux…
Ici, il y aura des gens compétents, formés pour s’occuper d’eux.
C’est ce que j’ai fait de plus beau.
Je ne veux pas être responsable de leurs pleurs et de leurs cris.
Je n’en peux plus de les entendre pleurer.
Mais je les ramène quand-même, la mort dans l’âme.
Le trajet en voiture est une épreuve.
Je suis morte de peur qu’il leur arrive quelque-chose…
Trop chaud, trop froid, je ne les vois pas dans le reflet du rétro…
Par pitié, faites qu’ils aillent bien…
Je vous en prie…

Je pensais que ça irait mieux à la maison mais rien ne s’arrange.
Quand j’en parle, quand j’essaie simplement…,
tout le monde s’accorde à dire que c’est la fatigue qui est en cause.
Oui.
Non.
Mais je suis pas fatiguée. Je suis épuisée. Je suis vide.
Mes bébés ne sont plus là.
Je sais bien qu’ils sont « en sécurité » dans leur parc, leur lit,…
Mais ça ne veut rien dire pour moi.
Je les ai perdu.

Je m’occupe de mes enfants.
Mécaniquement.
Manger. Changer. Manger. Laver. Manger. Manger. Encore Manger. Toujours manger.
Tout ce qui était ma vie avant s’écroule.
Pour être remplacé par quoi? Des pleurs incessants.
Est ce que c’est ça maintenant, mon existence? Jusqu’à la fin de mes jours.
Long désenchantement.
Ça aurait du être tellement beau, tellement magnifique. Un épanouissement.
Mais je continue à descendre. A m’enfoncer.
Il en faudrait peu pour que je me noie tout à fait.

Pendant 3 longs mois, je ne sais plus quel jour où est, l’heure qu’il est.
Je ne me maquille plus.
Je ne me coiffe plus que quand j’ai le temps.
Et je continue stupidement à faire bonne figure parce qu’il ne me reste plus que ça de mes merveilleux rêves de maternité.
La maison est nickelle, les bébés sont bien soignés, je les trouve même adorables et suprêmement beaux.
Un peu comme ces enfants sur catalogues ou ceux qu’on visite dans la famille ou chez des amis.

Mais pas les miens.

J’ai troqué mon bedon bien rempli par mes deux amours – qui répondaient si bien, d’un coup de pied ou d’un rebond à mes caresses à travers de mon ventre – contre un vide sidéral.
Et des enfants « publiques » qui passent de bras en bras sans me reconnaître.
Sans même que je leur manque alors qu’il y a peu, j’étais tout pour eux.
Je ne reconnais pas mes bébés.
On était si proches pourtant.
On est des inconnus maintenant.

Tant de peine.
Tant de souffrance.
Je devrais hurler. Pleurer. Me rouler par terre de rage. M’arracher les cheveux de désespoir.
Mais non. Je reste là.
Je souris.
Je fais ce que j’ai toujours su faire de mieux : je parais.
Pour le bien de tous.
Et je me déteste pour ça.

 


ÉPILOGUE
Et aujourd’hui, donc, j’écris ce post (je le réédite, en fait).
Pourquoi?
Parce que je peux le faire.
La lecture de cette maman-courage m’a, en son temps, libéré d’un poids.
J’ai vécu 3 mois d’enfer, mais j’en suis sortie.
J’ai fait mon deuil de l’instant T où la maternité m’éclairerait de ses lumières.

 

Capture d’écran 2014-10-29 à 01.31.18

Fils à maman ? NOUS ?

Mes petits bouts et moi,
on a « accroché » petit à petit.
On s’est séduit peu à peu.
On s’est souri timidement et on s’est répondu.
Je crois qu’on s’est finalement rendu indispensables…
(Et qu’on est même devenus accro’s !)
Je n’oublie pas que ça a été difficile mais c’est derrière nous.
On est – enfin – une famille, maintenant.
Je suis finalement devenue une maman.

Et pour toutes les mamans qui endurent, mais aussi pour les  futures,
j’aimerais que quelqu’un puisse leur tendre la main…
Si jamais vous ne vous sentez pas de taille, on est là pour s’entraider : https://www.facebook.com/pages/Association-Maman-Blues/

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