Trouble de la personnalité borderline
Troisième partie

N.B. : cet article est la suite de cet article-ci, qui est lui-même la suite de cet article-là

Et si MOI, je vous en parlais?
Wikipédia, c’est bien.
Ça apprend plein de choses utiles.
Ça gave parfois de détails qui ne le sont pas.
A ce propos, même si je l’ai ajoutée par soucis d’être complète, la deuxième partie de ma trilogie me semble tout à fait trop riches en détails inintéressants.
Mais ça reste factuel et froid.

Si j’avais voulu vous parler de ce trouble, j’aurais commencé par vous dire que ce n’est pas leur faute.
Pas la faute de ces patients qu’on trouve souvent bizarres, lunatiques, tyranniques, parfois.
Les gens ont appris à être « compréhensifs » vis-à-vis des anorexiques, des boulimiques ou des dépressifs.
On en parle à la télé.
Des livres ont été édités sur le sujet.
On connaît tous quelqu’un de plus ou moins proches qui est sorti du placard et qui a commencé à raconter son histoire…
Pour les « Borderlines », c’est différent.

D’abord, on ne sait pas ce que c’est.
Ensuite, si on a la curiosité de s’y intéresser, le spectre de la paranoïa ou de la schizophrénie n’est jamais loin.
Enfin, on se heurte à des réflexions du type « franchement, il y a pas de quoi fouetter un chat ».
Sauf que…
Sauf que vivre dans leurs bottes, c’est avoir toutes tes émotions multipliées par 20.

Les hauts ?
Des joies intenses, qui te compriment littéralement le cœur.
Des bouffées d’enthousiasme extraordinaires qui te donnent l’impression d’avoir bouffer le schtroumpf joyeux alors qu’il était encore confortablement calé dans son champignon hallucinogène.
Pour tout, pour rien.
« Oh putain, ce soir, on mange des crêpes, c’est le plus beau jour de ma vie! Je les sens déjà !
Douces, sucrées, tièdes et moelleuses.
Le meilleur moment de ma semaine. »

Tout le monde te prendrait pour une illuminée.
ET, au fond, TOUT LE MONDE AURAIT RAISON.
Ça a un côté sympa.
Le charme de l’enthousiasme.
Souvent conjuguée avec l’euphorie de l’impulsion « Ce soir, OSEF, on se fait des crêpes! »
Quand ça se résume à faire des crêpes, l’impulsivité, c’est adorable.
Le problème, c’est que ça s’insinue partout.
Ta vie à toi, celle des autres, dans ton couple, dans ton bureau… Partout.

Impulsion – compulsion
Si j’ai envie de me promener et de m’acheter un truc, il faut que ce soit maintenant, MAINTENANT.
En trois minutes, les pensées fusent et s’enchaînent :
– Ça serait trop bien d’avoir ceci
– Mmmmh… Il me faudrait vraiment ceci
ceci me serait utile
– Si je ne vais pas chercher ceci aujourd’hui, il n’y en aura peut-être plus…
– Si je ne vais pas chercher ceci maintenant, je ne pourrais pas faire ça.
– La vache… Je ne peux pas continuer à vivre normalement sans ceci

Exagéré?

Malheureusement, non.
La compulsion, c’est ça.
Un sentiment d’urgence.
Une envie purement incontrôlable voire même la menace d’un danger imminent.
Et que ce soit une crêpe, un contretemps ou un problème grave, IL N’Y A ABSOLUMENT AUCUNE DIFFÉRENCE.
C’est un sentiment qui peut avoir des effets indésirables.
En effet, une impulsion ne connaît ni barrière, ni limite.
Ça fait maintenant 2h que ceci me traîne en tête, il me le faut.
 » Quoi? Dehors il pleut des cordes, le temps est à l’orage, le magasin ferme dans 5 min., j’ai la crève et pas de parapluie ».
Tant pis.

 » Ce soir, je suis tellement triste que je vais picoler jusqu’à oublier d’être aussi triste »
Tant pis.

 » J’ai tellement peur de pas avoir assez de sous à la fin du mois que je vais claquer toute ma thune dans des tickets à gratter en espérant que ça marche »
Pourquoi pas ? Et si je pouvais gagner?

L’enthousiasme PEUT être un danger.

Les bas ?
Parce que oui, dans la même journée, tu vas planer avec les anges et te ramasser le tarmac d’autant plus sévèrement.
Mais ce que tu ressens, le plus souvent, c’est le vide.
Pas le calme reposant des fins de journées trop remplies quand tu te mets au lit.
Non.
L’ Absolument rien.
Cette espèce de non-impression qui te fait te demander, dans tes moments les plus noirs, si tu existes vraiment. Si tout cela a vraiment un sens.
Le vide et cette intolérable sensation de manque, d’abandon.
Comme si tu n’avais jamais compté pour personne, comme si personne ne t’avais jamais vraiment aimé (ou assez aimé) et la certitude, tenace et implacable, que ça ne changera jamais.

Ça fait sourire, je sais.
Ça fait d’autant plus sourire, je pense, quand on a tout,…
Personne ne te donne le droit de te plaindre.
En fait, beaucoup de gens doivent penser que ces gens ont le sens du drame, du théâtre.
Et c’est précisément là que le bas blesse.
Il n’y a pas de demi-mesure pour un borderline.

Si tu pars bosser sans me dire au revoir et sans m’embrasser, c’est que tu es bien mieux loin de moi.
Que je ne compte pas assez pour que tu fasses l’effort de lâcher tes dossiers.
Que je passerai toujours en seconde position.
Que je ne peux compter que sur moi-même une fois de plus.
Mon existence ne signifie rien, je ne manquerai à personne (et certainement pas à toi qui est pourtant tout pour moi).
CE N’EST PAS ce que tu as voulu.
Non, tu étais pressé.
Tu m’as peut-être même fait un bisou rapide que je n’ai pas vu.
Mais c’est ce que MOI, JE RESSENS.
Et, malheureusement, je ne PEUX PAS m’empêcher de ressentir ce genre de sentiment.

Le désespoir
C’est véritablement le lot des personnalités borderlines.

Personne ne devrait endurer le fait de se sentir pleinement et complètement abandonnée plusieurs fois par semaine, plusieurs fois par jour. Inlassablement. Dans un espèce de cercle infernal où tout recommence toujours, sans arrêt, sans cesse…

Pour le plus grand malheur des patients, ils en sont pleinement conscients.
Aux périodes basses, se succèdent les hautes avec leur lot de honte, de regrets et bonnes résolutions (intenables).
C’est une lutte constante contre ses propres réactions émotives.
Cette impulsivité qui vous définit pleinement (intégralement?) vous n’avez d’autres choix que de l’étouffer dans l’œuf au risque de vous prendre le retour de boomerang au centuple.

« Ils sont des êtres humains, de chair, d’âme et d’émotions. Pour ma part, j’ai le sentiment d’être un élastique. Je tends vers la lumière, je me charge en tension, je me projette et je rencontre soit un mur, soit le vide. Je lutte pour ne pas me charger… »
Témoignage lu sur psychologies.com.

BREF
Il y a des jours où j’ai l’air d’avoir le cœur brisé, de me vautrer dans la mélancolie, où je me bats avec le sens de la vie et des réalités, …
Il y a des jours où je semble presque sous acide, où le monde est merveilleux et s’offre à moi,…
C’est comme ça.
Mais ça, ce n’est pas du théâtre.
C’est ma vie.

POUR ALLER PLUS LOIN

Vivre avec un proche Borderline
Source : ici
Maladie au long court, le trouble Borderline est une toujours une épreuve de vie, tant pour la personne atteinte que pour son entourage. Si l’écoute et l’échange sont souvent un moyen de faire face ensemble à la maladie, les associations de soutien aux personnes borderline conseillent également à l’entourage de :
– Savoir garder de justes distances pour éviter les relations fusionnelles intenses
– Ne pas dramatiser les accès de colère dont les malades ont souvent peu conscience
– Ne pas porter un jugement sur les comportements impulsifs, dangereux qui sont autant d’appel à l’aide.
– Les personnes borderline ont avant tout besoin que leur entourage leur rappelle leur affection et leur inquiétude.
– Les encourager à partager son ressenti tout en les rassurant sur leurs qualités, leur valeur, quand ils font preuve de trouble de l’identité ou d’une piètre estime d’eux-même
– Reconnaître le sentiment d’injustice ou de rébellion contre l’autorité dont font part les malades, tout en leur rappelant les réalités quotidiennes auxquelles chacun est confronté.
– Accepter une certaine forme de manipulation si celle-ci peut permettre de gagner la confiance et fixer des limites dans le cercle familial.

Les personnes passent leur temps à contrôler plus ou moins des émotions qu’elles ne contrôlent pas vraiment ou ne comprennent pas toujours.
Leur capacité à cacher leur maladie fait que bien souvent l’entourage  » ne voit rien « , alors que leur vie est une souffrance et un véritable enfer dissimulé.

Pour continuer à s’informer
La difficulté de gérer ses émotions est le leitmotiv de cette maladie psy, à mi-chemin entre névrose et psychose. Ses manifestations : l’hyperémotivité, des réactions excessives à la moindre contrariété. S’ajoutent à ces traits communs des symptômes caractéristiques sur lesquels se base le diagnostic médical de la maladie (au nombre de 5 ou plus chez chaque personne) :
– des sentiments chroniques de vide
– une difficulté à gérer la colère
– une capacité réduite à prévoir les conséquences de ses actes
– une perturbation de l’identité (remise en question de projets ou de sentiments certains, questionnement sur soi, difficultés à analyser son ressenti)
– une tendance à idéaliser puis à dévaloriser l’autre
– une instabilité dans les relations interpersonnelles (changements fréquents d’amis, de partenaire, de milieux professionnels, tendance à la manipulation, etc.)
– des efforts effrénés pour éviter les abandons (crainte excessive des ruptures, de l’éloignement)
– des symptômes dissociatifs et une idéation persécutoire (impression de sortir de son corps, d’être victime d’un complot)
– des comportements impulsifs, dangereux, d’auto-mutilation (crises de boulimie, tendance au jeu, consommation abusive d’alcool ou de drogues)
– des idées et des gestes suicidaires

L’état de personnalité limite est donc difficile à cerner, d’autant qu’il est souvent accompagné d’un autre trouble de la personnalité, à l’image de la dépendance affective.

A conseiller également : L’association d’aide aux personnes avec un « état limite »

Pour en finir
Si quelqu’un peut se reconnaître entre les lignes et se dire la même chose,
cela n’aura pas été totalement vain.
C’est une bonne chose.
🙂
Parler est toujours une bonne chose…